Le Président de l'Ordre parle des assises de la FIDEF

  • Posted on: 7 November 2014
  • By: onecca

Dakar24sn-Economie Président de l’Ordre national des experts comptables et experts agrées du Sénégal (Onecca) et président de la Fédération internationale des experts comptables francophones (Fidel) et également membre de Fédération mondiale des experts comptables (Ifac), Mamour Fall, se livre dans cet entretien. La situation de l’expertise comptable au Sénégal, la problématique de la préférence nationale, les assises internationales de la corporation, entre autres, voilà autant de questions qu’il dissèque.

Quelle est la situation de l’expertise comptable au Sénégal ?

Je dirai que la situation est globalement bonne, puisque nous sommes une profession assez bien organisée qui rend des services à l’économie, conseille les entreprises, donnent de l’assurance sur la qualité de l’information produite par les entreprises et également qui aide le gouvernement du Sénégal, les administrations dans des prises de décisions. Et dans les missions qui nous sont confiées, nous apportons beaucoup de valeur ajoutée pour permettre aux décideurs de prendre les bonnes décisions, et surtout en termes de qualités de services, de leurs apporter une gestion saine et une information de très bonne qualité.

Quels sont les problèmes auxquels vous êtes confrontés ?

La principale difficulté, c’est le fait qu’au plan économique la reprise s’est faite un peu lente. Les affaires ne sont pas véritablement au rendez-vous puisque notre activité, c’est d’accompagner les investisseurs, accompagner les projets d’entreprises, les projets d’investissements. Et bien entendu, dès lors qu’il y a ralentissement au niveau des activités économiques, forcément ça se ressent dans nos activités. Ça c’est une des difficultés majeures que nous rencontrons. Sinon, globalement, avec l’environnement, avec nos autorités que ça soit le gouvernement, que ça soit le ministère de l’Economie et des Finances qui assure la tutelle de l’Ordre des experts comptables, nous avons
vraiment de très bonnes relations. Avec l’administration fiscale également, avec laquelle nous sommes le plus en relation de partenariat, nous avons un rapport de qualité. Certes, il peut y avoir de petits problèmes à gauche et à droit, mais ce n’est pas vraiment des problèmes majeurs pour qu’on puisse parler de problèmes dans la profession.

Et en termes de perspectives…

En termes de perspectives, nous pensons que la profession comptable peut encore davantage influer sur l’environnement économique. Nous apportons beaucoup de services à l’environnement économique, malheureusement cela ne se sait pas beaucoup. Nous conseillons les entrepreneurs,
et eux se rendent compte de la qualité de la valeur ajoutée que représentent les experts comptables. Nous accompagnons les investisseurs, eux également savent ce que c’est un expert comptable et quelle est la qualité de service qu’il peut apporter. Il reste à nous faire connaître un peu plus du grand public, des grandes administrations aussi. Parce que en dehors du ministère de l’Economie et des Finances et du ministère de la Justice, le Sénégal est quand même constitué de forces vives, aussi bien au niveau de l’administration qu’au niveau du secteur privé, nous devons leur faire connaître davantage ce que c’est un expert comptable, ce que c’est l’Ordre des experts comptables.
Et aussi, quel est le rôle que nous devons jouer et que nous sommes en train de jouer au service de l’économie, au service du développement économique, mais au service de la transparence dans l’environnement économique, parce que ça aussi c’est très important. Un environnement économique sain, c’est une qualité d’informations irréprochables et cela est garanti par l’implication des experts comptables dans la préparation des comptes ou dans la validation des comptes en tant que commissaires aux comptes.

L’expertise comptable sénégalaise est reconnue au niveau international à travers votre personne, puisque vous êtes membres de la Fédération mondiale. Est-ce que vous pouvez revenir sur ces distinctions ?

Nous avons eu doublement sur deux années successives une reconnaissance qui s’est non seulement manifestée, mais qui s’est fortifiée. La première étape, c’était la présentation de la candidature du Sénégal pour devenir membre de la Fédération mondiale des experts comptables (Ifac). Et cette reconnaissance vaut vraiment ce qu’il y a de mieux au monde pour la profession comptable. Nous sommes trois seuls pays en Afrique francophone à avoir cette reconnaissance. Le Cameroun, la Côte d’Ivoire et maintenant le Sénégal. C’est quand même quelque chose de très important. Cette reconnaissance signifie au plan mondial que les experts comptables Sénégalais acceptent et se soumettent aux mêmes règles professionnelles que les experts comptables du monde entier. Et par conséquent, sont en mesure de délivrer des services de même qualité et selon les mêmes référentiels professionnels que les experts comptables d’Amérique, de France ou d’Australie. Cette reconnaissance, elle est vraiment très importante. Lorsqu’un investisseur arrive au Sénégal et qu’on lui dise que l’Ordre des experts comptables du Sénégal est membre de l’Ifac, c’est toute de suite un signal qu’ici ce sont des gens sérieux et que nous pouvons nous adresser à eux, exactement comme nous nous adressons aux professionnels qui sont en Australie, au Canada,
en Angleterre ou en France. La deuxième étape, nous sommes membres depuis longtemps de la Fédération internationale des experts comptables francophones (Fidef). Et la Fidef a accepté de me porter à sa présidence depuis le mois d’octobre dernier, j’avais été élu l’année dernière, mais j’ai pris fonction à compter du 7 octobre 2014, en marge du Congrès de la Fidef. Cela montre que seulement nous sommes au plan mondial, mais qu’également au sein des professionnels francophones, nous sommes reconnus avec un leadership certain. Ce qui est très important pour un pays comme le Sénégal. Et ça tombe très bien, puisque fin novembre, le Sénégal accueille le Sommet de la francophonie. Ce Sommet est quelque chose de très important, car marquant également la fin du mandat du Président Abdou Diouf qui doit être honoré par tous les Sénégalais et par tous les Francophones. Nous avons pris l’initiative d’organiser les 15e Assises de la Fidef en marge du Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif). Ces 15e assises ont été reconnues par l’Etat du Sénégal comme manifestation associée à la Francophonie. Nous avons également obtenu le haut patronage du Secrétaire général de l’Oif, le Président Abdou Diouf pour la manifestation.

Et justement, quelles sont les attentes pour ces 15e assises de la Fidef ?

Le thème de ces 15e assises, c’est : «Economie informelle, économie émergente, la profession comptable francophone s’engage». L’idée est claire, c’est que nous experts comptables, nous devons proposer et préconiser des solutions à l’attention des chefs d’Etat francophones pour leur dire que nous avons un secteur informel très porteur pour nos économies et qu’il faut que  ce secteur informel nous puissions le transformer en champion pour accompagner nos pays vers l’émergence économique. Ça, c’était un défi de très haut niveau et c’était un défi très important pour que la profession comptable accepte de le prendre en main, pour montrer le rôle et la capacité que nous
avons de pouvoir accompagner les Etats dans leurs réflexions et dans les idées qu’ils peuvent mettre en oeuvre pour corriger les difficultés et se permettre d’aller de l’avant. Nous avons déjà obtenu du président Abdou Diouf, qu’à l’issue des assises de la Fidef, qu’on lui remette de manière officielle les recommandations à l’attention des chefs d’Etat.

Aujourd’hui, il est de plus en plus question de la problématique de la préférence nationale. Et récemment, certains acteurs comme les architectes, le patronat et même la société civile ont dénoncé la mise à l’écart des Sénégalais de la commande publique. Qu’en est-il des experts comptables ?

J’ai suivi ce débat sur la préférence nationale et sincèrement je pendrai le problème d’une autre  manière. En partant d’une réflexion simple, c’est de dire que personne ne peut construire le Sénégal sans les Sénégalais. Par conséquent, il faut que les stratégies de développement économique du Sénégal soient des stratégies parfaitement partagées entre l’autorité supérieure qui est l’Etat, avec les forces vives, les acteurs du développement économique du pays. Dans tous les pays du monde, c’est comme cela que ça se passe. On n’a jamais vu dans le monde un pays se développer sur la base de l’apport de l’extérieur simplement. Le développement économique est toujours bâti sur des forces et des mobilisations nationales. Je crois qu’il y a un gros défi qui interpellent les politiques et le secteur privé national. C’est comment faire pour qu’ensemble nous nous asseyons pour voir quel Sénégal nous voulons bâtir, quelle est la place que le secteur privé national est prêt à occuper dans ce chantier. Et sur cette base, nous pouvons dire, oui nous pouvons faire appel à des compétences extérieures. Cependant, je comprends certaines réactions, notamment  dans certains secteurs d’activités où il est clair que le Sénégal a une expertise de très haut niveau et où je ne suis pas sûr qu’on a besoin de l’apport extérieur. Je prends le secteur particulier du bâtiment et des travaux publics, le Sénégal a bâti tous les pays limitrophes. Les routes en Guinée Bissau, les principaux bâtiments jusqu’en Sierra Leone, au Liberia portent la marque et l’empreinte indélébile des entreprises sénégalaises. Et aujourd’hui même, ils sont jusqu’au Tchad en train de bâtir des villes.

Mais si l’expertise existe, pourquoi ne pas l’exploiter… 

Sincèrement, l’expertise existe et c’est un point fort pour le Sénégal, et le Sénégal doit s’appuyer dessus pour exporter son savoir faire. Je crois que dans ce domaine-là, on devrait faire très peu appel à l’expertise extérieure, puisque nous avons l’expertise qu’il faut chez nous. Il est temps que les hommes politiques, le chef de l’Etat, le gouvernement, se rapprochent du secteur privé, des forces vives de la nation, de la société civile, de tous les acteurs, dans la transparence la plus totale, mais dans un engagement comme si nous étions un seul homme, pour dire nous voulons que dans 10 ans, dans 15 ans ou dans 20 ans, que le Sénégal aille dans ce sens-là. Et en ce moment- là, chacun aura son rôle à jouer et chacun devra jouer son rôle dans le cadre d’une mobilisation globale.