Le tournant d’une profession

  • Posted on: 14 March 2013
  • By: onecca

Le caractère public « symbolique », ce jour, de la cérémonie de prestation de serment des membres de l’Ordre national des experts comptables et comptables agréés du Sénégal (ONECCA) marque un tournant, pour une profession qui constitue la pierre angulaire dans la recherche d’une meilleure gouvernance au sein du secteur marchand privé ou parapublic dans les objectifs de développement.

Objectifs de développement liés à la stimulation de l’investissement privé et l’amélioration de la compétitivité des entreprises, une meilleure gouvernance au sein du secteur marchand privé ou parapublic ainsi qu’une intégration accrue de l’économie sénégalaise au plan international et, qui confèrent à la profession d’expert comptable un rôle central. D’autant plus si l’on considère que c’est celui-ci qui passe à la loupe les comptes de 70 à 90% des entreprises qui contribuent au PIB. Jusqu’en 2000, la profession comptable était rattachée à l’Ordre National des Experts et Evaluateurs Agréés du Sénégal (ONEEAS), qui regroupait des métiers très divers formant un ensemble hétérogène, ce qui ne lui permettait pas de répondre efficacement aux besoins de ses différents membres. La création en 2000 de l’Ordre National des Experts Comptables et Comptables Agréés (ONECCA) représente ainsi une étape importante pour le développement de la profession au Sénégal. Ce d’autant plus dans un contexte de l’exercice illégal encore existante, comme l’a rappelé le président de l’Ordre, Mamour Fall, à l’occasion mardi dernier d’une rencontre avec la presse économique. Un délit cependant passible d’une peine emprisonnement de six mois à deux ans ou d’une amende d’un à cinq millions de FCfa.

Du fait de la nature même de leur exercice, ces pratiquants de l’ « ombre » ne payent pas de mine et pourtant ce sont les acteurs d’un marché d’audits financiers principalement représenté par les projets des bailleurs de fonds (multilatéraux ou bilatéraux), les missions de commissariat aux comptes des banques, compagnies d’assurances, grandes entreprises nationales (dont les sociétés anonymes du secteur parapublic) et des filiales des groupes privés étrangers, ainsi que les audits financiers des entreprises du secteur para-public. S’il est vrai qu’en termes de conseil-gestion et stratégies les acteurs sénégalais inscrits à l’Onecca restent coiffés au poteau par leurs homologues étrangers, il demeure que 100% des marchés d’audits financiers seraient aujourd’hui réalisés par la profession comptable sénégalaise, si l’on en croît la Vice-présidente de l’Onecca, Mme Marie Ba. Un marché qui représenterait un chiffre d’affaires qui a varié entre 12 et 15 milliards de FCfa sur les trois à quatre dernières années et qui serait de l’ordre de 13 milliards de FCfa en 2012, selon Amadou Samb, le Trésorier de l’Onecca. Des chiffres qui lèvent le voile sur l’évolution de l’expertise locale qui n’est pas sans rappeler celle de l’effectif de la profession.

Alors qu’au 31/12/2004, 97 professionnels étaient inscrits au tableau dont 95 experts-comptables, 2 comptables agréés et 37 sociétés d’expertise comptables (elles-mêmes dirigées par des experts-comptables), au 31/12/2012, ils sont 145 professionnels à s’être inscrits au Tableau (134 experts –comptables (+41%) 11 comptables agréés (+405%) et 72 sociétés d’expertise comptable (+1 société de comptabilité), (soit + 94%)). On dénombre cependant quelque 27 stagiaires à la même période.

Risque professionnel

Il faut dire que l’une des particularités de la profession au Sénégal est, comme la dénomination de l’Ordre l’indique, la coexistence de deux niveaux de professionnels : l’expert-comptable et le comptable agréé, seul le premier pouvant exercer les fonctions de commissaire aux comptes.

Si l’un des objectifs de la profession identifie la défense de l’intérêt public, la question des conflits d’intérêts qui peuvent se faire jour dans le cadre d’une mission d’audit et des incompatibilités avec le mandat de CAC(Commissaires aux comptes) constitue un défi majeur. Comme l’a rappelé le président de l’Ordre, Mamour Fall, un tantinet rieur, « Au Sénégal il n’y a jamais eu de cas Enron ou Parmalat… », mais « le risque professionnel existe partout dans le monde », confie-t-il plus sérieusement.

Aussi, pour atténuer ce risque, un dispositif de contrôle à postériori notamment est mis en place ainsi qu’un dispositif d’assurance-qualité « et cela va jusqu’au dispositif régional avec un contrôle par les pairs dénommé « dépaysement », indique M. Fall.

Ce risque professionnel évoque ainsi des devoirs mais des droits également. Aussi, la loi 2000-05 fait-il obligation aux commissaires aux comptes de souscrire une police d’assurance relative aux risques professionnels (article 19). Ce type de contrat a pour objet de garantir la responsabilité civile des auditeurs envers les utilisateurs des états financiers, selon une pratique très répandue au plan international.

C’est en tout cas tout le sens d’une profession dont les enjeux liés à une information comptable fiable et accessible aux investisseurs, banquiers et autres agents économiques en général, renforcent la confiance des investisseurs et facilitent l'intermédiation bancaire ainsi que la mobilisation de l’épargne publique, permettant ainsi aux entreprises un accès plus facile aux capitaux, y compris sous la forme de crédits bancaires. Sans compter le rôle éminemment important de sécurisation des recettes fiscales d’une économie comme celle du Sénégal.

Outre la prestation de serment des membres de l’Onecca prévu ce jour devant le premier Président de la Cour d’Appel de Dakar, l’Ordre fera face à elle-même, le même jour, avec la tenue de son assemblée générale annuelle qui doit renouveler le mandat du Président de l’Ordre, d’une partie des membres du Conseil de l’Ordre et ceux des Commissions.