Communiquer pour se pérenniser

  • Posted on: 21 March 2011
  • By: onecca

La structure des entreprises sénégalaises est fortement marquée par le grand nombre de Pme avec un formalisme insuffisant. Aussi le premier défi auquel elles sont confrontées est celui de l’accès au financement. Une contrainte qui pourrait être levée par la diffusion d’une information comptable et financière fiable et certifiée à destination du secteur financier.

Dans sa dimension fonctionnelle, la communication englobe les besoins de communication des économies tant pour les échanges de biens et de services que pour les flux économiques, financiers ou administratifs. Elle augmente la transparence et atténue les réticences. Transformé en réalité dans les entreprises et surtout dans les Pme, cet idéal de gestion permet une meilleure articulation entre celles-ci et les structures de financement. Au Sénégal, les Pme ne sont pas encore sorties de l’ornière des maigres financements. Les contraintes de financement sont mises sur le compte du déficit de gouvernance : non certification des états financiers, personnel insuffisamment qualifié etc., qui font des Pme une cible risquée pour les établissements de crédits.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur les 220 000 Pme disposant de Ninéa recensées au Sénégal en 2006, seules 16 000 sont formelles et déposent leur liasse fiscale, selon le directeur des Pme, Ibrahima Diouf. Résultat : 50% des demandes de crédits des petites et moyennes entreprises (Pme) sont rejetées. Cette pénurie de financement tient bien sûr à l’aversion des établissements de financement pour le risque mais pour la directrice nationale de la Bceao qui a fait cette révélation pour le moins alarmiste au cours des assises marquant le 10e anniversaire de l’Ordre national des experts comptables et comptables agréés du Sénégal (Onecca), cette situation contraignante pour les Pme sénégalaises, tient également à l’absence ou la faiblesse de l’information financière qu’elles mettent à la disposition du secteur financier national et communautaire.

50% des demandes de crédits rejetées

Dans un contexte financier marqué par une prédominance des financements bancaires, et une faiblesse du financement par le marché financier, l’asymétrie d’informations contribue largement à limiter le partenariat entre les préteurs et les Pme. A preuve, la contribution du système bancaire sénégalais au financement des entreprises est de l’ordre de 23,8% du produit intérieur brut (Pib). Une contribution dérisoire en comparaison aux taux des pays comme la Tunisie ou la Maroc supérieurs à 60%. Pis, la difficulté d’apprécier le risque a pour conséquence de renchérir le taux d’intérêt des crédits qui sont actuellement de 18% pour les banques et 27% au niveau des institutions de microfinance. Etablissant la relation positive entre une bonne qualité de l’information financière et le coût du crédit, Mme Diop estime que « la production d’information est primordiale pour une meilleure appréciation du risque, elle contribue à renforcer la crédibilité des Pme et à baisser le coût du crédit ».

Pour rétablir cette relation de confiance entre le banquier et la Pme et remédier à l’absence de transparence, il est exigé aux Pme la production d’une information financière de qualité certifiée et transparente destinée aux marchés des capitaux et à tout l’environnement de l’entreprise. Mais contrairement en politique où chacun se sent compétent, le contrôle de l’entreprise passe par une expertise comptable indispensable pour la fiabilisation des états financiers essentiels pour rassurer les preneurs de risque c’est-à-dire les institutions de financement.

Dans cette veine, citant le président de la Banque mondiale, James Wolfenson, le président de l’Onecca Mamour Fall confiera que « le manque de transparence met en péril un gouvernement efficace, nous savons qu’un consensus social se fonde sur l’information ». Et encore : « la fiabilité de l’information comptable et financière produite par les entreprises est un outil de sécurisation des recettes fiscales de l’Etat et participe dans la prise de décisions d’investissement. » Un point de vue que confirme Serigne Mbacké Sougou membre de la Commission de l’Uemoa qui estime que : « dans un contexte actuel de nos économies caractérisé par un besoin important de flux d’investissements et de ressources fiscales, l’image fidèle de nos entreprises et la fiabilité de l’information financière constituent des enjeux importants ».

Simplifier les obligations comptables

Dans la zone Uemoa, différentes mesures ont été prises pour corriger cette asymétrie afin d’assurer une meilleure articulation entre les Pme et les établissements de crédits. Il s’agit d’abord de la mise en place du système comptable ouest africain (Syscoa) par la Bceao et ensuite de l’entrée en vigueur du référentiel comptable des institutions de microfinance. Mais il en faut plus pour l’instauration de la culture de production d’information financière gage du renforcement du portefeuille des banques mais surtout de la stabilité du secteur financier.

Les banques et les institutions de microfinance étant dans l’obligation de produire, pour leur refinancement par la Bceao, l’état de crédits octroyés. Il n’en demeure pas moins que l’information financière et comptable a un coût dont il faut, de l’avis de Xavier Aubry, vice-président des experts comptables français, s’assurer de la capacité de Pme à le supporter. Il va s’en dire que la faiblesse des ressources humaines et financière à laquelle sont confrontées les Pme avec un segment très développé de microentreprises (1 à 20 employés et chiffre d’affaires entre 25 et 50 millions) constitue un obstacle majeur à la production de cette information. « Il faut trouver l’équilibre pour ne pas tomber dans un excès d’informations dont la Pme n’a pas toujours les moyens », recommande Xavier Aubry. Pour lui, il faut simplifier les obligations comptables des Pme, les rationnaliser pour éviter de tomber dans le trop plein d’informations.

En écho à cette volonté exprimée de tenir compte des spécificités des Pme, Mme Diop parie sur la mise en place par les structures de financement de crédits spécifiques et de conditions de crédits plus souples. Une petite lueur d’espoir à l’issue de ces assises commémorant les 10 ans de l’Onneca : la création d’un fonds de garantie pour les entreprises ainsi que d’un guichet unique de certification où seront déposés les états financiers de toutes les entreprises pour certification.

Cependant, si la transparence est un idéal de gestion, il faut selon Me Mame Adama Gueye déjouer les fausses promesses de la communication. A en croire l’ex- bâtonnier, l’information ne reflète pas forcément l’image de l’entreprise. Aussi il préconise le recours à d’autres référentiels, la création de nouvelles normes de contrôle, quand d’autres s’interrogent sur l’efficience des structures d’accompagnement des Pme comme le Centre de gestion agréée dont l’évaluation est exigée.

Mamby DIOUF